VIVRE UN PIRTS EN LETTONIE

Pour s'initier au fameux "pirts", mieux vaut ne pas être frileux. La version lettone du sauna, hammam et autres thermes romains prévoit en effet de se plonger nu dans la neige tandis que le thermomètre affiche des températures négatives. Mais en Lettonie, on ne lésine pas avec ce cérémonial qui appartient au patrimoine national. Selon Juris Batna, le propriétaire du Lielzemenes, un centre situé à environ 50 km. au sud de la capitale, Riga: "Le pirts, c'est vraiment le temple letton, sans exagérer". "Bien avant l'arrivée de la chrétienté en Lettonie avec les croisés des peuples germaniques, c'était notre Eglise", ajoute le quiquagénaire, évoquant cette période païenne d'avant l'évangélisation du pays au XIIIe siècle. A première vue, les pirts lettons ne se distinguent pas vraiment des saunas ou hammams traditionnels. De l'extérieur, il s'agit de petites cabanes en rondins chauffées par des poêles à bois. La grande différence est ce qu'on y fait à l'intérieur. Ils appellent cela un rituel. L'expérience sensorielle d'une autre dimension commence lorsqu'on brossent leurs patients avec des assemblages de branchages ressemblant aux balais de sorcières des contes de fées. Alors que la température monte, pierres chaudes, symboles de bois et de laine, chants rythmiques, clochettes, huiles parfumées interviennent progressivement dans le rituel, mélange parfois déconcertant de sensations, d'odeurs et de sons. La cérémonie dure au moins trois heures (elle peut parfois atteindre le double) et utilise plus d'une douzaine de fagots composés d'espèces végétales différentes. La touche finale consiste à se plonger dans l'eau glacée ou de se rouler nu dans la neige.